L’Europe est confrontée à une carence stratégique de GPU, moteurs essentiels à l’IA. Face à une dépendance industrielle, des défis géopolitiques et un retard d’accès aux ressources, le continent cherche à construire une souveraineté numérique durable. L’établissement d’une IA souveraine européenne souhaite ainsi se reposer sur des décisions politiques fortes, incluant une vision industrielle cohérente et un accès aux ressources.
Avec la compétition mondiale accrue autour des technologies de calcul, l’Europe se retrouve dans une situation précaire. L’émergence d’innovations locales en termes d’IA semble ralentir par les tensions commerciales et les limitations possibles sur l’exportation de composants essentiels. Cela comprend aussi la concentration de la production de GPU entre les mains de quelques acteurs non européens. Aujourd’hui, l’écosystème numérique européen présente quelques difficultés à se développer, tant qu’il n’accède pas aux processeurs graphiques nécessaires à l’entraînement et au déploiement des modèles. Cette situation soulève des préoccupations technologiques, stratégiques et économiques concernant la capacité du contenir à maintenir son autonomie dans un secteur structurant.
Une dépendance technologique préoccupante
Devenus incontournables pour l’IA moderne, les GPU ont la capacité pour traiter des calculs parallèles à grande échelle. Toutefois, l’Europe ne dispose pas de :
- La capacité de production ;
- La maîtrise suffisante des chaînes logistiques.
Par ailleurs, Nvidia, détenant un contrôle sur l’écosystème logiciel via CUDA, fournit actuellement 98 % des unités utilisées dans les centres de données.
Exploitée par TSMC, une unique usine à Taïwan élabore ces composants clés. En 2024, des entreprises (Amazon, Google ou encore Meta) ont absorbé une grande partie de la production.
Quant à la Chine, elle intensifie ses acquisitions de GPU, accentuant ainsi la complexité d’accès pour les intervenants européens. Ces derniers ressentent les conséquences de cette pénurie, notamment :
- La restriction de l’accès au cloud ;
- Le ralentissement ou suspension de projets ;
- Les quotas limités.
Cette situation peut affecter directement toute équipe technique et tout professionnel indépendant comme un consultant porté, dont les missions reposent sur des infrastructures performantes.
Cette dépendance expose le continent à divers risques comme un éventuel embargo sur toute exportation américaine de technologies avancées. Cela pourrait exclure certains pays européens des dernières générations de GPU.
Tant qu’aucune alternative locale n’est proposée, il devient difficile de créer, vérifier ou faire émerger des solutions innovantes. De fait, la compétitivité des sociétés européennes sera impactée, notamment celles qui sont moins bien équipées que les concurrents internationaux.
Des pistes pour construire une autonomie numérique
Pour inverser la tendance, des initiatives ont été prises comme le programme EuroHPC qui prévoit le déploiement de supercalculateurs à l’échelle du continent. L’on compte également le Chips Act dont le but est de doubler la part européenne dans la production mondiale de semi-conducteurs d’ici 2030.
En France, le plan France 2030 prévoit plus de 100 milliards d’euros d’investissements, y compris le développement des infrastructures d’IA. Par contre, les grandes entreprises et institutions de recherche tirent profit de ces dispositifs, aux dépens de :
- PME ;
- Startups ;
- éditeurs logiciels (pourtant moteurs de l’innovation).
Cela peut également impacter certains experts, y compris tout consultant porté. Une stratégie plus inclusive impliquerait la mise en place d’un cloud souverain, réparti sur l’Europe tout en étant accessible aux acteurs. Cela pourrait s’interpréter par des quotas réservés ainsi que des crédits cloud pour chaque structure modeste. La sécurisation de l’approvisionnement passe également par des collaborateurs internationaux avec des producteurs de puces et des fournisseurs de services cloud.
Un des enjeux importants est l’adoption de logiciels ouverts, interopérables, capables de constituer un socle commun solide. D’ailleurs, Grégory Guichard, Head of Data et IA chez BoondManager, affirme que :
« L’open source doit devenir un pilier central de la stratégie européenne »
L’exploration des alternatives aux GPU classiques constitue une voie supplémentaire à considérer. Certaines entreprises européennes proposent déjà des solutions :
- L’entreprise britannique Graphcore développe des Intelligent Processing Units (IPU) orientées IA ;
- La société française LightOn fabrique des Optical Processing Units (OPU), exploitant la lumière pour réaliser les calculs à haute vitesse.
Même si ces technologies sont encore en stade de développement, elles offrent de nouvelles opportunités pour bâtir une filière matérielle indépendante.
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