Le piège du Trojan Shield s’est refermé sur plusieurs organisations de criminels

Pour espionner le crime organisé au niveau planétaire, le FBI s’était discrètement impliqué dans la société Anom. Il gérait ainsi dans le cadre d’une opération dirigée en coopération avec différentes agences internationales son application de messagerie ultra-sécurisée. Le site Motherboard, qui appartient au groupe Vice a dévoilé des fragments du code de cet outil.

Les polices de 16 États différents ont lancé en 2019 une initiative d’envergure contre les réseaux criminels. Parmi elles, on retrouvait l’agence de la Nouvelle-Zélande, de l’Australie, du Canada, des États-Unis et de plusieurs pays européens. Pilotée notamment par le FBI, cette action avait été présentée comme la plus sophistiquée au monde dans ce cadre. Elle avait été menée sous le code « Trojan Shield » (Bouclier de Troie).

À l’issue de cette opération, 48 millions de dollars en monnaies cryptographiques et en espèce ont été saisis. Cette mesure a également visé 250 armes à feu, 22 tonnes de cannabis et quelque 700 résidences, entre autres.

Les malfaiteurs utilisaient des milliers d’appareils Anom

Après l’effondrement des réseaux de messageries ultra-sécurisées Sky ECC et EncroChat, Anom avait vu sa popularité augmenter considérablement. Cette entreprise, dans laquelle pouvaient travailler des consultant informatique, proposait un système de machines particulières renfermant une messagerie chiffrée. Ces instruments étaient vendus à quelque 2 000 dollars sur le marché noir. Ils fournissaient des fonctionnalités telles que la possibilité de :

  • Créer une clé de sécurité spéciale, que le propriétaire du terminal peut fournir sous contrainte. Ceci à la place du mot de passe réel pour enclencher une fonctionnalité alertant ses connaissances ;
  • Supprimer le contenu de la machine à distance.

Le nombre d’appareils en utilisation autour du globe s’établissait aux alentours de 12 000. Ils appartenaient à environ un millier de membres de 300 organisations criminelles relevées dans plus de 100 pays différents. Les associations de malfaiteurs recouraient massivement à Anom après le démantèlement d’EncroChat et Sky ECC.

Le FBI a leurré l’univers du crime organisé

Ce que ces associations ignoraient, c’est que c’était le FBI qui gérait cette société. Son intervention a été exécutée dans le secret. Les programmeurs internes non informés ont développé sans le savoir un code voué à mettre les malfaiteurs sur écoute. Le site Motherboard a réalisé une décompilation de l’application Anom afin d’en dégager ce code destiné à les espionner. Depuis 2019, les polices ont ainsi pu consulter 27 millions de conversations que les criminels ont eues entre eux.

Pour contourner le chiffrement des échanges par téléphone, celui-ci reproduisait les messages. Puis il transmettait leur copie à un contact fictif caché dans le répertoire de l’usager. En réalité, ce contact renvoyait au FBI. Le code traçait par ailleurs les coordonnées GPS des messages envoyés. Le lieu d’où ils venaient pouvait ainsi être relevé. En cas d’imprécision, les éventuelles images communiquées par les interlocuteurs permettaient d’éclaircir la situation. Au terme des investigations, les autorités ont procédé à l’arrestation d’environ 800 suspects. Ces derniers étaient liés à des réseaux de trafic de drogues, des gangs de motards, à la mafia, etc.

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